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Naissance du tourisme …. Et des guides.

Au XVIII ème siècle, la vallée de « Chamouny », bien que ne connaissant pas encore l’essor touristique, est loin de vivre en autarcie. Mais la vie y est rude et le fermage difficile. Les hivers sont, alors particulièrement rigoureux. De ce fait les Chamoniards partent pendant cette saison chercher du travail à Paris, mais aussi en Suisse ou en Allemagne, ainsi ils reviennent l’été avec le plein d’idées … La vallée appartient au royaume Sarde et les Chamoniards vont faire leurs études à Turin. Les monts «maudits » dominant la vallée n’intéressent personne et n’apportent que désagréments ; avalanches, inondations… Les glaciers, à cette époque sont immenses et arrivent jusque dans la vallée. Le glacier des Bossons menaçant même de la couper en deux. Pourtant déjà quelques hommes osent s’aventurer sur les hauteurs afin de chasser ou de rapporter de magnifiques cristaux.

C’est pourtant au milieu de ce siècle, en 1741 que naquit le tourisme.
Deux anglais; Windham et Pocoke vinrent visiter « les glacières ».Curieux, ils voulaient aller voir plus loin et marcher sur les glaciers, notamment sur celui qui s’appelle maintenant « la Mer de Glace ». Les premiers montagnards étaient alors, des chasseurs, des cristalliers et des paysans aguerris par leurs travaux en montagne ; bois, fenaisons…
Emerveillés du spectacle les deux britanniques en firent une description élogieuse. Dès lors « le voyage aux glacières » devint le « must » des voyages aventureux de ce temps.
Les grandes classiques de l’époque furent donc le voyage à la Mer de Glace et l’ascension du Brévent. C’est du sommet de celui-ci qu’Horace Bénédict de Saussure, savant Genevois, suppose que le Mont-Blanc, doit être le point culminant de l’Europe. Afin de pouvoir vérifier ses calculs, il offre une récompense à celui qui en trouvera le chemin ; En effet il désire confirmer ses calculs à l’aide de la pression atmosphérique au sommet du Mont-Blanc

C’est le 8 août 1786 à 18h23, après 14h d’efforts depuis leur bivouac à la montagne de la Côte, que deux Chamoniards, le docteur G. Paccard et le cristallier J. Balmat atteignent le sommet du Mont-Blanc.
Jacques Balmat, l’année suivante accompagné de 17 autres guides, eu pour mission de mener Monsieur de Saussure au sommet du Mont-Blanc.
Dès lors, le voyage aux glacières ou plutôt l’alpinisme devint à la mode et de plus en plus de touristes vinrent à Chamonix. Et la vie de cette vallée du « bout du monde » s’organise pour satisfaire aux demandes du nombre croissant de voyageurs.
Le premier refuge alpin, fait de planches et de pierres sèches est l’hospice de Blair construit au Montenvers en 1779. Rapidement dégradé, il est remplacé en 1795 par le « Temple de la Nature » véritable refuge bâtit en dur et transformé aujourd’hui en petit musée.
L’été 1820, 34 ans après la première victoire, le Mont-Blanc qui ne compte guère que 8 ascensions, voit une nouvelle caravane se former. Le docteur Hamel, conseiller de l’Empereur de Russie, part pour le sommet accompagné de deux touristes anglais, et encadré par douze guides. Après deux nuits d’attente aux Grands Mulets, à cause du mauvais temps, la caravane reprend l’ascension sous la pression du docteur Hamel et malgré le sentiment des guides. Au niveau des Rochers Rouges, c’est la catastrophe, une plaque à vent balaie les cinq premiers guides faisant la trace, trois d’entre eux n’en réchappent pas.

A Chamonix c’est la consternation ! Le roi de Sardaigne fait remettre une pension aux familles des victimes. C’est alors pour les autorités l’élément déclencheur : Il faut définir la notion de chef ; du décideur dans une caravane, mais aussi celle du titre de guide détenteur de la compétence.

Naissance de la Compagnie des Guides de Chamonix.


Ainsi le 24 juillet 1821, les premiers statuts de la Compagnie des guides sont approuvés par la municipalité.
Les deux grands piliers fondateurs de la Compagnie, toujours d’actualité près de 200 ans plus tard, sont érigés : Le tour de rôle pour la distribution du travail et la caisse de secours pour l’aide aux victimes de leur métier.
La nécessité de porter un insigne distinctif fait aussi partie de ces statuts ; ainsi naît la première médaille de guide.

34 guides et 12 suppléants sont ainsi nommés sur cette première liste, avec en tête de liste Jacques Balmat.


Deux types de courses sont définies : Les courses ordinaires et les courses extraordinaires.
Ces dernières sont :
- la Cime du Mont-Blanc
-- Le jardin de Talèfre
- Les glaciers au dessus de la limite des arbres
- Les glaciers du Buet

Les courses ordinaires sont donc tous les lieux non mentionnés dans la première liste.

Le prix des courses est référencé ainsi que le nombre de guides minimum nécessaires. A cette époque, l’ascension du Mont-Blanc coûte quarante livres par guide et il faut quatre guides par client (plus un minimum de porteurs pour la nourriture et les affaires).

Guide avec sa cliente sur la
Mer de Glace vers 1900.


La Compagnie voit ses rangs grossir pour atteindre jusqu'à 320 membres en 1868 dont environ 150 conducteurs propriétaires de mulets. Ces derniers disparaîtront à la mise en service du train du Montenvers en 1908. La majorité des guides font traverser la Mer de Glace aux voyageurs montés au Montenvers, on les surnomme les « pirates ». Seul quelques guides font des courses en haute montagne. Les deux grands sommets sont, alors, le Mont-Blanc et l’Aiguille du Midi par l’itinéraire de la Vallée Blanche.

En 1860, la Savoie est rattachée à la France. Napoléon III à cette occasion vient à Chamonix. L’accès à la vallée étant si difficile qu’il débloque les fonds nécessaires à la construction d’une route correcte de Sallanches à Chamonix.

C’est aussi à cette époque le début de ce que l’on appelle l’âge d’or de l’alpinisme. La conquête de tous les grands sommets commence : Grandes Jorasses, Aiguille Verte, Cervin … C’est sur ce dernier au retour de la première ascension que Michel Croz, chef de file alors de la Compagnie, trouve la mort.


Vers 1880 ce sont principalement des premières “rocheuses“ qui sont réalisées. Jean Esteril Straton réussit la première du Petit Dru qui est l’emblème de notre médaille. Lors de la descente il invente la technique du rappel.

Au début du XX ème siècle c’est Joseph Ravanel dit « Le rouge » à cause de sa couleur de cheveux qui signe de grandes premières techniques telles que l’ Aiguille du Fou, le Peigne, la Dent du Crocodile, le Caïman …

Michel Croz

Jean Esteril Charlet Straton

Ravanel "le Rouge"
  En 1908 c’est l’ouverture de la voie ferrée du train de la Mer de Glace qui s’arrête alors à Caillet. Elle atteindra le Montenvers l’année suivante.

 C’est pour la Compagnie un changement important. C’est la fin des guides muletiers et le début d’une nouvelle période avec un accès plus facile à la haute montagne. À cette époque, la Mer de Glace est alors quasiment à niveau du Montenvers ! La compagnie compte alors un peu moins de 200 membres.


Dès le début du XXème siècle l’ascension d’un sommet ne suffit plus ; les plus grands ayant été réalisés. C’est l’itinéraire et les voies techniques qui prévalent. L’usage des crampons qui existaient déja au début de l’alpinisme avait été oublié pendant près de 100 ans au profit des chaussures à clous que l’on appelait ailes de mouches. Petit à petit les crampons reviennent au goût du jour.
A partir de l’année 1930 c’est Armand Charlet, souvent accompagné de Camille Devouassoux qui va réaliser de très nombreuses premières, notamment sur l’Aiguille Verte.
Glaciériste d’exception, il sera une tête de file pour la Compagnie, mais aussi pour le syndicat National des Guides dont il sera l’un des membres fondateurs et son premier président. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’institution du diplôme national de Guide entraîne la création de son école nationale (l’ENSA), dont Armand sera un des grands dirigeants.
1924 : 1ère fête des guides. L’idée est que tous les guides soient dans la vallée, leurs clients leur offrant une journée de repos.
La fête des guides et la Caisse de Secours.
En 1924 la Compagnie compte 182 membres.
En 1930, Roger Frison Roche entre à la Compagnie des Guides. Beaucoup croient qu’il est le premier « étranger » (né en dehors de la vallée) accepté dans la structure.
Pourtant dès 1882 l’ouverture commence avec l’entrée du guide Fritz Schuler né à Bonneville et d’origine Allemande. L’ouverture continue avec d’autres montagnards d’origines extérieures mais montrant leur attachement à la vallée et à la Compagnie. Parmi eux de grands noms comme : Edouard Frendo, Gaston Rébuffat, Lionel Terray, Louis Lachenal, Christophe Profit, ….
Une date importante pour les guides : 1958. Le secours est nationalisé ; désormais ce sera l’état par l’intermédiaire de pelotons de secouristes spécialisés qui se chargeront du secours des alpinistes en détresse.
Jusqu'à cette date, les guides, sans l'aide de l'hélicoptère, par sens du devoir se chargeaient de cette mission, malgré la nécessité de faire leur saison pour gagner leur vie.
1976, un nouveau brevet d’état est créé : l’accompagnateur en montagne. Dès la fin des années 70, la compagnie modifiant ses statuts intègre ces nouveaux professionnels de la montagne.

La Compagnie, n’a de cesse d’être un moteur de l’alpinisme et de la vie locale.
Etre moderne et novatrice tout en respectant ses traditions et son histoire, voilà le difficile équilibre que la Compagnie des guides s’applique à maintenir.

C’est en ce début du XXI ème siècle, près de 200 professionnels, guides et accompagnateurs, fidèles à cette belle histoire, qui souhaitent partager et vivre la montagne avec vous, "les voyageurs" ...


Médaille des
Guides de la Compagnie

Photos traditionnelle chaque 15 Août.

Médaille des
Accompagnateurs de la Compagnie
A bientôt ...
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